Accueillir les chauves-souris

Conseils pour la protection des chiroptères et plan simple de gîte

Pourquoi ?

Faisant l’objet de nombreuses superstitions (pour la plupart infondées), les chauves-souris ("chiroptères" pour les spécialistes) sont pour certaines espèces très liées au bâti et fabrications humaines. Toutes sont encore peu connues et très fragiles. Il existe en France 34 espèces de chauves-souris et toutes sont intégralement protégées par la loi à l’échelle nationale (arrêté du 23 avril 2007) et ainsi qu’à l’échelle européenne d’après la directive "Habitats" de 1992.

Plusieurs menaces pèsent sur ces petits mammifères volants et l’état de santé des populations de chiroptères demeure préoccupant. Ainsi, la disparition des habitats (zones de chasse, sites de reproduction, sites de transits, sites d’hivernage) représente l’une des menaces principales.

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Rhinolophes dans cabane en pierre

Disparition des arbres morts et à cavités, suppression des haies bocagères, altération des zones humides, fermeture des grottes et cavités souterraines, modification / fermeture / destruction du bâti ancien (pont, édifices religieux…), etc. sont autant d’impacts négatifs portés aux populations de chauves-souris.

Par ailleurs, l’utilisation irraisonnée de produits phytosanitaires a un impact direct (disparition des proies) et indirect (empoisonnement par contact permanent des jeunes avec des charpentes traitées avec des insecticides et des fongicides).

Le dérangement des sites en saison de reproduction ou en hivernage (travaux sur du bâti, tourisme « cavernicole », naturalistes peu scrupuleux, etc.) par manque de connaissance ou non respect des espèces est également un facteur qui peut avoir des conséquences terribles sur une colonie et donc sur une population. Le trafic routier et ferroviaire ainsi que les parcs éoliens sont aussi une source de mortalité notable des chiroptères.

En somme, les petites maîtresses de la nuit risqueraient de ne pas le rester longtemps si nous n’agissons pas ! Pour cela, chacun peut contribuer à un petit coup de pouce bien utile chez soi (dans son jardin et / ou sa maison).

Dans tous les cas, rappelez-vous que les chauves-souris sont des espèces très sensibles. Si vous décelez la présence de chauves-souris chez vous, n’hésitez pas à contacter le Groupe Chiroptères de Midi-Pyrénées, Nature Midi-Pyrénées ou toute autre association locale naturaliste. Ils pourront vous conseiller et vous aiguiller pour mieux connaître et protéger ces fascinants petits mammifères.

Connaître

L’identification des espèces est une science complexe parfois difficile même pour les spécialistes. Les critères sont souvent assez infimes et nécessitent soit une prise en main (à condition évidemment d’être détenteur d’une autorisation de capture !), soit du matériel d’écoute spécifique. Dans tous les cas, plutôt que d’essayer de déterminer à qui vous avez à faire tout seul, faites appel à des spécialistes (cf. ressources).

Voici toutefois, présentés brièvement, quelques-uns de vos colocataires possibles.

Les Rhinolophes

Typiques du fait de leur feuille nasale en forme de fer à cheval. Il existe plusieurs espèces dont certaines peuvent se rencontrer régulièrement dans les caves ou autres bâtiments. Très sensibles au dérangement, le moindre bruit peut provoquer un grand mouvement de panique et faire s’envoler l’ensemble de la colonie. En période de reproduction notamment cela peut être mortel pour des jeunes non volant qui risquent de tomber. Ces espèces connaissent un déclin important et font pour certaines l’objet d’actions spécifiques.

Les Pipistrelles

Malgré ce que l’on pense il n’existe pas qu’une seule espèce (la Pipistrelle commune), toutefois l’identification d’espèces voisines n’est pas chose aisée ! Elles sont bien souvent les chauves-souris que l’on observe aisément et avec lesquelles nous partageons notre toit le plus régulièrement car elles s’accommodent plutôt bien du bâti et de la proximité de l’homme. On peut assez facilement les apercevoir au cœur même d’une ville ou village, les nuits d’été, voletant autour des lampadaires pour chasser les insectes attirés par la lumière.

Les oreillards

Plutôt forestières, ces chauves-souris, comme leur nom l’évoque, possèdent des appendices auditifs sur-développés leur conférant une allure typique ! La distinction entre les espèces reste là aussi très délicate. Ils occupent parfois les veilles granges ou greniers qui leur offrent des poutres auxquelles ils aiment s’accrocher.

Les Murins

On connaît actuellement en Midi-Pyrénées 9 espèces de murins aux mœurs parfois très différentes et dont certaines ne se rencontrent jamais à proximité de l’homme. Certaines espèces par contre occupent volontiers nos maisons et constructions supportant même parfois des zones assez découvertes et lumineuses, autorisant une observation discrète sans déranger l’animal… Quelques unes sont en déclin inquiétant et font l’objet d’actions spécifiques de protection.

La Barbastelle

C’est une grande amatrice de vieux arbres et de vieilles poutres. Les granges et vieilles fermes peuvent lui offrir plusieurs cavités très attractives. Son pelage très sombre et sa tête typique la distinguent de toute autre chauve-souris.

Outre la connaissance des espèces, il est bon de rappeler également que nombre de « croyances populaires » sur les chauves-souris sont fausses et néfastes à une réelle connaissance et donc à la protection de ces espèces.

Ainsi, même si vous arborez une chevelure fournie, aucun risque de voir une chauve-souris foncer dedans pour s’accrocher avec force sur votre tête. Le système d’écholocation utilisé par la plupart des chiroptères est extrêmement performant et leur permet de repérer sans problème des obstacles tout petits…

Pas de risque non plus ici de vous faire sucer le sang par une chauve-souris adepte des films d’épouvante ! Seules deux espèces d’Amérique du Sud se nourrissent de sang principalement sur du bétail et des grands mammifères pour l’une, sur des volailles pour l’autre. Les espèces vivant ici se nourrissent presque exclusivement d’insectes et d’araignées. Elles représentent donc des auxiliaires très importants, véritables « insecticides » naturels.

Toutes les chauves-souris ne vivent pas dans des grottes et toutes ne dorment pas la tête en bas non plus. Selon les espèces, comme évoqué plus haut, divers milieux sont utilisés (grottes, arbres creux, constructions, etc.). Seules quelques espèces ont vraiment l’habitude de dormir suspendues la tête en bas. Beaucoup d’autres se faufilent dans des brèches, derrière des volets, etc.

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Rhinolophe en grotte

Agir

Si vous possédez une cave ou un grenier

Ces parties de la maison sont susceptibles d’accueillir des chauve-souris en hiver (cave) ou pour la reproduction (grenier) de même qu’en période de transit. Si vous détectez la présence de chauve-souris (guano au sol, observation directe, bruits, etc.) surtout ne les dérangez pas ! Si leur présence soulève des questions liées à un aménagement ou alors des problèmes de bruit / salissures, contactez au plus vite le Groupe chiroptères de votre région ou à défaut une association de protection de la nature comme Nature Midi-Pyrénées qui pourra vous aiguiller sur la marche à suivre et vous apporter des conseils appropriés pour concilier vos projets avec la préservation de vos petits hôtes volants.

Présence avérée ou non, n’hésitez pas à rendre cave et grenier accueillants pour les chiroptères en préservant des accès spécifiques qui leur permettent d’entrer et sortir des lieux sans souci. Une ouverture horizontale d’une vingtaine de centimètres de haut dans une porte par exemple est tout à fait suffisante. De même, les diverses petites ouvertures du toit ne doivent pas (sauf problème de sécurité) être bouchées, elles représentent autant d’entrées par lesquelles les chauves-souris peuvent se faufiler. Vous seriez surpris de constater leur capacité à s’immiscer dans de tout petits orifices dans les murs, entre des pierres, etc.

Pour les greniers, ne traitez pas les charpentes avec des produits toxiques, les chauves-souris y sont très sensibles.

Fabriquez des gîtes

Il existe de nombreuses possibilités d’aménager des gîtes dans et autour de la maison pour offrir aux chauves-souris une vaste gamme de gîtes supplémentaires. Ainsi, on peut bricoler un volet-double, fabriquer un gîte contre une poutre extérieure ou dans un grenier, etc.

Voici un plan simple de nichoir à chauve-souris que vous pouvez installer chez vous en extérieur. Là encore de nombreux modèles peuvent être fabriqués voire même achetés. N’hésitez pas à vous renseigner pour tester diverses solutions !

Quelques conseils pour optimiser votre fabrication et installation :

  • Utilisez seulement du bois brut non traité, résistant à l’humidité (pin, etc.).
  • Prenez des planches d’au moins 1,5 cm d’épaisseur afin d’offrir une meilleure isolation.
  • Conservez les planches telles quelles sans les poncer car les chauves-souris auront plus de facilité à s’accrocher aux aspérités. Vous pouvez même améliorer la rugosité en creusant de petites rainures horizontales à l’intérieur de votre nichoir (environ tous les 2 cm).
  • Pour la peinture et le traitement éventuel, utilisez des produits non toxiques.
  • Installez le nichoir au moins à 5m. de haut, toujours au-dessus du vide sans accès pour d’éventuels prédateurs.
  • Fixez-le solidement en choisissant de préférence une exposition sud-est. S’il est installé sur un arbre veillez à protéger celui-ci (cf. également notre fiche Accueillir les oiseaux).
  • Diversifiez les sites d’installation de nichoir (l’occasion aussi de tester divers modèles !)
  • Dans tous les cas, ne dérangez pas les occupants du nichoir. Vous pouvez contrôler son occupation en guettant de petites crottes juste à l’aplomb sous l’ouverture.
  • Pensez également qu’une bonne protection passe par la préservation des milieux. N’hésitez pas à faire de votre jardin, terrain, maison… de véritables havres de biodiversité…
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Plan gîte chauve-souris
Consignes de découpe
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Plan gîte chauve-souris
Assemblage

Recyclez le guano !

Le guano de chauve-souris est un fertilisant naturel assez efficace pour peu qu’il soit bien préparé ! Si vous partagez le toit avec une colonie ou que des chiroptères sont installés derrière un volet, dans un gîte que vous avez fabriqué, vous pouvez récupérer les crottes trouvées au sol (toujours en veillant à ne pas déranger la colonie notamment dans le bâti, donc en ramassant en dehors de la présence des chauves-souris).

Mélangez une cuillère à soupe de guano dans un litre d’eau et utilisez ce mélange pour vos plantes (attention un surdosage risquerait de brûler vos plantes !).

Ressources web

Ouvrages et autres

  • « L’encyclopédie des chauves-souris d’Europe et d’Afrique du Nord : Biologie, caractéristiques, protection », C. Dietz, O Von Helversen, D. Nill, Ed. Delachaux et Niestlé, 2009
  • « Les chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse », L. Arthur, M. Lemaire, Ed. Parthénopes, 2009
  • Mallette pédagogique “Les chauves-souris vous sourient”, CPN
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