Aménager une mare chez soi

Pourquoi ?

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Photo : F. Nimal - http://www.nimal.fr/

Les mares, permanentes ou temporaires, constituent des habitats à part entière qui accueillent de nombreuses espèces animales et végétales. Elles jouent par ailleurs plusieurs rôles fonctionnels notables en retenant les eaux de pluie et de ruissellement. Ces petits points d’eaux pleins de vie constituent de plus d’intéressants supports pédagogiques pour découvrir la biodiversité, les cycles de vie de certaines espèces, etc. Bref, une mare c’est un univers miniature empli de richesses !

Pourtant, les mares ont aujourd’hui tendance à disparaître. Comblées, drainées, asséchées ou polluées, les mares sont de plus accusées d’être sources de nuisances (prolifération de moustiques…). C’est souvent en milieu urbain et périurbain qu’elles sont le plus rapidement détruites ou parfois vidées de leurs richesses par l’introduction inopportune d’espèces exogènes, à l’image de la tortue de Floride ou de certaines carpes d’ornement.

Bien des espèces liées aux mares, que ce soit des insectes comme les odonates (libellules et demoiselles) ou encore des amphibiens à l’image du Triton palmé, voient aujourd’hui leurs sites de reproduction disparaître. Autant dire que la perte pour la biodiversité est conséquente !

Un coup de pouce s’impose donc pour créer, recréer ou entretenir ces milieux qui font également partie d’un patrimoine paysager qu’il nous incombe de préserver et de valoriser.

Connaître

Quelques espèces animales communes des petites mares :

L’Agrion élégant
Ischnura elegans

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Cette demoiselle très commune peut facilement être identifiée à son abdomen noir terminé par une tâche bleu azur bien visible. A la différence des grandes libellules qui font aussi partie du groupe des odonates, les demoiselles ont les ailes « fermées » et verticales quand elles sont posées. Comme pour les autres espèces d’odonates, la larve de l’Agrion élégant se développe sous l’eau. Elle y règne d’ailleurs en prédateur vorace équipé d’un « masque mandibulaire » qu’elle peut déployer pour attraper ses proies. Les odonates adultes chassent quant à elles divers autres insectes volants comme les moustiques ou les taons, jouant ainsi un rôle de régulateurs naturels de ces espèces.


Les Notonectes
Notonecta sp.

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Les notonectes constituent un genre de petites punaises aquatiques qui ont la singulière habitude de nager le ventre en l’air dans les couches supérieures des eaux d’une mare. Les grandes pattes postérieures sont modifiées en « rames » très efficaces qui permettent aux notonectes de se déplacer rapidement et de fondre sur leurs proies, pour l’essentiel des petits insectes et des alevins. Malgré leur air placide, leur piqûre peut être douloureuse. Ils sont par ailleurs largement amphibies et volent très bien, ce qui leur permet de coloniser de nouveaux sites ou d’en abandonner un, par exemple en cas de sècheresse.


Le Triton palmé
Lissotriton helveticus

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Au milieu de la végétation aquatique, ce petit « dragon » des eaux calmes passe moins inaperçu que ses cousins du fait d’un comportement un peu plus « téméraire » et d’une concentration d’individus parfois notable. A la différence des salamandres, nettement plus terrestres à l’âge adulte, les tritons ne côtoient la terre ferme essentiellement qu’à l’état juvénile, après un développement larvaire aquatique. Bien que tout à fait aptes à se déplacer à l’air libre, les adultes passent en effet un temps certain dans l’eau, notamment pour se reproduire. Le Triton palmé se nourrit de petits invertébrés mais ne dédaigne pas quelques têtards à peine sortis de l’œuf !

Consulter la fiche espèce du Triton palmé dans notre centre de ressources

La Couleuvre vipérine
Natrix maura

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Comme son nom l’indique, et peut-être pour son plus grand malheur, cette docile et inoffensive couleuvre évoque quelque peu sa venimeuse cousine. Pour cela parfois, elle est détruite à tort (bien qu’étant intégralement protégée, comme tous les reptiles). Elle ne présente pourtant aucun danger pour l’homme et se nourrit dans divers points d’eau de larves d’amphibiens et petits poissons notamment, qu’elle traque habilement en nageant.

Consulter la fiche espèce de la Couleuvre vipérine dans notre centre de ressources

Les Gerris
Gerris sp.

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Cet étonnant « patineur » de la surface des eaux est bien souvent incorrectement désigné sous le terme « Araignée d’eau ». Ce n’est pourtant pas une araignée mais bel et bien un insecte de la famille des punaises. Il suffit pour s’en convaincre de dénombrer les trois paires de pattes qui lui permettent de se mouvoir avec vitesse et précision sur l’eau. Il est capable de faire de petits sauts, notamment s’il est dérangé.

Agir

Afin d’apporter un coup de main à toutes ces espèces et contribuer à restaurer le réseau de petits points d’eau autour de chez vous, vous pouvez vous lancer dans la création d’une mare ! Avant toute chose, il faut évidemment réfléchir à l’emplacement. Il faudra que celui-ci réponde à quelques contraintes :

  • Se situer sur un sol droit (surtout pas dans une pente) et idéalement à l’emplacement d’une zone de dépression naturelle, permettant ainsi une alimentation plus facile de la mare par les eaux de ruissellement.
  • Être à proximité de milieux diversifiés et riches (haies, prairies, etc.), propices notamment à l’alimentation des espèces vivant dans et autour de la mare.
  • Ne pas être entouré de trop d’arbres de haut jet qui peuvent contribuer à un comblement naturel de la mare par un apport trop important de matières via les feuilles mortes.

La mare doit présenter un volume suffisant pour résister aux épisodes météorologiques tels que la sècheresse ou le gel. Une profondeur d’au moins 80 cm (à relativiser, bien sûr, en fonction de la superficie totale maximum de la mare) apparaît nécessaire pour remplir ces conditions.

Le fond de la mare peut être rendu étanche en superposant des couches de sable et une bâche. Il peut être possible aussi, dans certains cas, de recycler de vieux éléments pour constituer le fond de la mare. L’imagination peut amener des idées originales !

Au moins la moitié de la longueur totale des berges doit être en pente douce ou en palier. Cela favorise la colonisation végétale, l’utilisation par diverses espèces et permet en plus aux éventuels animaux « maladroits » de sortir de ce bain malencontreux s’ils tombent dans la mare ! Par ailleurs, il est opportun de constituer des paliers sur le « nord » de votre mare puisqu’il s’agira de la zone la plus ensoleillée (exposée au sud) et donc plus rapidement colonisée par les plantes puis par la microfaune.

Pensez à faire un plan détaillé de votre mare avant tout creusement, tant avec une vue « aérienne » qu’avec une vue en coupe (précisant les profondeurs). Cela vous permettra de bien vous repérer et d’éviter des petites erreurs techniques préjudiciables par la suite ! N’hésitez pas à consulter des associations de protection de l’environnement non loin de chez vous, qui pourront vous fournir de précieux conseils adaptés à votre projet.

Ensuite, il faut creuser !

Pour le remplissage de la mare, préférez évidemment l’action spontanée des nuages. Vous pouvez récupérer de l’eau de pluie avec des grands bidons pour remplir votre mare plus rapidement.

Quelques plantes peuvent être introduites pour constituer une végétation de base mais vous pouvez aussi attendre patiemment le développement naturel. Dans tous les cas, veillez à ne pas transporter d’espèces invasives qui coloniseraient votre mare rapidement et pourraient s’étendre à d’autres secteurs.

Autres conseils à suivre :

  • Ne pas introduire d’espèces animales. D’une part les espèces sauvages sont protégées et il est donc interdit de les déplacer. D’autre part vous risquez de transporter involontairement des germes ou champignons qui peuvent nuire à aux amphibiens notamment.
  • Ne surtout pas implanter de poissons. Trop voraces, ils empêcheraient l’installation d’autres espèces.
  • Bien entendu, il faut aussi bannir les animaux exotiques comme les tortues de Floride et autres « échappés des aquariums » car ils se développent généralement aux dépens d’espèces locales et induisent un déséquilibre soudain dans le milieu.
Si votre mare est bien réalisée, les insectes comme les notonectes, les gerris ou encore les dytiques puis les libellules viendront la visiter et entamer la colonisation. Et rapidement, toute une cohorte d’autres petites bestioles fascinantes suivront !

Idées reçues…

« La mare va favoriser le développement des moustiques »

Les prédateurs naturels des moustiques sont présents dans la mare et contribuent donc à limiter les populations de larves. Les petits points d’eau stagnante comme de simples vieux pots ou bidons sont beaucoup plus propices au développement d’armadas de moustiques puisqu’ils n’y trouvent aucun prédateur.

« La mare va attirer des serpents »

Il est possible qu’une Couleuvre vipérine ou une Couleuvre à collier, toutes deux friandes de proies vivant dans l’eau, soient attirées par la mare si celle-ci en héberge suffisamment. Rappelons toutefois que ces deux espèces sont strictement inoffensives et sans danger pour l’homme, qu’elles sont protégées et que, au final, leur présence ne fait que témoigner de la réussite de votre projet qui est devenu un véritable petit havre de biodiversité !

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