Bras morts de Garonne : quels enjeux ?

Dans le cadre du volet fonctionnel, du plan de gestion de 2016 à 2018 de nos cinq zones humides alluviales, nous avons réalisé un point d’étape, sur l’évolution de l’état de trois bras morts (B2 et B3 au ramier de Bigorre figure 1 et S1 au alluvions de la Save figure 2).

Un bras mort, quèsaco ?

Un bras mort est la partie relictuelle d’un ancien méandre ou d’une tresse isolée d’un fleuve par le transport et le dépôt naturel de matériaux (bloc, cailloux, sable…). Ils sont plus ou moins déconnectés du lit principal du fait du déplacement de celui-ci au fil des temps ou des mécanismes de sédimentation. Cette annexe fluviale, selon son âge, la saison et le contexte météorologique, peut-être à sec ou en eau, toute l’année ou périodiquement. Remarque  : les bras morts moins perchés des deux sites de Saint Caprais et Miquelis n’ont pas été pris en compte dans cette étude car leur débit de connexion, compris entre 200 et 280 m3/s, les rend fonctionnels (pour un débit minimum de 250 m3/s, le bras est connecté en moyenne 79 jours/an). Le bras B1 (le plus âgé) du ramier de Bigorre n’a pas été inclus dans cette analyse car trop déconnecté sur la connexion amont. Nos objectifs d’amélioration de la fonctionnalité des bras morts sont : 1- Améliorer l’inondabilité de nos sites (afin de lutter contre les inondations sur les zones à enjeu à l’aval), diminuer l’érosion du fond du lit et favoriser l’érosion latérale (pour réalimenter le chenal principal en matériau solide) 2- Protéger la diversité des milieux afin de favoriser le maintien et la reproduction de la faune.

Intérêt écologique des bras morts de Garonne :

Les zones humides riveraines et particulièrement les bras morts (figure 4 et 4 bis) ont différents rôles : champs d’expansion de crues et espaces de liberté du cours d’eau, zone tampon en terme de qualité de l’eau, habitats et frayères pour la faune piscicole, lieu de vie d’une avifaune spécifique (ardéidés…) et accueil pour des espèces typiques des zones humides (odonates, amphibiens…). Elles ont également un intérêt en termes de biodiversité, siège d’habitats végétaux diversifiés et caractéristiques et sont des refuges pour des espèces communes (chevreuils…) Elles représentent donc un enjeu important en terme de préservation voire de conservation.

Etat des lieux des trois bras morts de notre étude :

De par des aménagements directs ou par des impacts indirects, l’homme a réduit la zone de divagation du fleuve. Le lit a été chenalisé et s’est incisé. On peut identifier 3 grandes causes de cette chenalisation : fixation et endiguement du lit mineur, barrages et extractions de granulats. Ces différentes activités et aménagements provoquent un déficit de charge sédimentaire dans le fleuve qui s’incise en mobilisant les sédiments du fond (roche mère molassique friable). Au final, selon les estimations, le lit de la Garonne s’est creusé de 1,50 à 2m sur les 50 dernières années . Les zones humides annexes sont donc de plus en plus déconnectées du fleuve et l’hydrosystème garonnais semble actuellement figé. Deux études antérieures ont permis de sectoriser les bras du ramier de Bigorre et de la Save en tronçons homogènes selon plusieurs critères : dimension et substrat, dynamique du tronçon, morphologie des berges, végétation, présence d’encombres/bois mort. Depuis quelques années, Jacques Rhodes puis Nelly Dal Pos surveillent les débits de la Garonne sur internet et constatent sur le terrain le débit de connexion lors de montée des eaux. Ceci a permis d’établir un tableau des débits minimum de connexion de la Garonne avec ces bras morts ainsi que leurs fréquences de connexion (nombre de jours de connexion par an) (tableau 1). Ces données nous permettent d’évaluer la fonctionnalité hydraulique des bras chaque année.

Le débit moyen de la Garonne des mois de janvier à juin fluctue entre 200 et 300 m3/s en moyenne. On observe que la partie aval des bras la plus connectée est celle des alluvions de la Save, pour un débit de 85,3 m3/s (figure 5). Par contre, la partie amont la plus connectée 49 jours/an est celle du bras le plus récent du ramier, pour un débit de 315 m3/s. La période des plus hautes eaux de la Garonne et donc de meilleure connexion pour les bras est en général et selon les années de février à juin. Le débit est alors supérieur ou égal à 280 m3/s, soit plus de 62 jours/an de connexion pour l’aval de B2. Cette période est propice à la reproduction de nombreuses espèces (notamment les amphibiens, les brochets…). Les crues sont plus abondantes en mai-juin, ce qui permet par le biais des bras de diminuer l’impact des inondations à l’aval de ces zones d’expansions de crues.

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Toutes ces observations nous ont amené après différentes crues, notamment 2000 et 2014 (figure 6 et 7), à abaisser le gué (juste avant le parking du ramier de Bigorre, dans la partie amont de B2) qui avait été endommagé afin d’être plus transparent et faciliter la circulation de l’eau pour les prochaines crues (figure 8 et 8bis).

Intervenir ou ne pas intervenir : quelles conséquences ?

En mai/juin 2016, nous avons réalisé deux réunions de terrain avec les partenaires techniques : Agence de l’eau Adour Garonne, ONEMA, Fédération de pêche du 31, Dov Corenblit (chercheur Université Clermont). Compte tenu du diagnostic présenté, il a été mis en évidence que l’entrée amont de B2 au ramier de Bigorre peut être dé-végétalisé. Il est aussi envisageable de réaliser une ou deux brèches dans l’enrochement (figure 9 et 10) afin qu’il soit plus fragile lors d’une prochaine grosse crue. Cependant, les trois bras des deux sites sont situés en intrados donc plutôt en situation de dépôt de sédiments. Aussi, il risque de ne pas y avoir de plus-value en cas d’enlèvement de l’enrochement.

De plus, si l’on ré-ouvre le/les bras que cela soit en amont et/ou en aval, ces milieux, somme toute intéressants, risquent d’être modifiés. Une ouverture amont risque de modifier d’un point de vue physico-chimique les eaux, d’apporter des sédiments avec les crues et d’accélérer un envasement puis une fermeture. L’ouverture aval du bras risque quant à elle de modifier aussi la physico-chimie des eaux et de faire effet chasse d’eau, drainant la zone intermédiaire du bras. Il en ressort que toute intervention sur ces bras morts serait peu efficace et non pérenne dans le temps au regard des travaux lourds et couteux que cela nécessiterait. Nous avons observé des troncs morts tombés en travers du bras B3 (figure 11). Ils ne représentent aucun danger immédiat pour l’aval, puisque les boisements présents peuvent les retenir par effet peigne. Le fait de les laisser permet de ne pas figer le cycle de vie de cette zone et favoriser de nouvelle dynamique par une érosion des berges au niveau des troncs et/ou un effet domino avec d’autres arbres. Nous optons donc pour la non-intervention en laissant les troncs en place.

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Dans un passé proche, la gestion des milieux était souvent synonyme d’interventions lourdes et couteuses. Aujourd’hui, la gestion de la nature consiste davantage à accompagner l’évolution des milieux voire à laisser faire.


  • 1 Géodes – Etude de diagnostic de dynamique fluviale de la Garonne entre la limite départementale de la Haute-Garonne et l’amont du plan d’eau de Saint Nicolas de la Grave. DDT82
  • 2 Carpentier M., NMP-2002-Les bras morts du Ramier de Bigorre : Diagnostic et propositions de gestion.
  • 3 NMP-2014-Suivi fonctionnel et piscicoles de l’anse aval et du bras mort de la Garonne et préconisation. Etat initial hydromorphologique et botanique.
  • 4 http://www.hydro.eaufrance.fr
  • 5 Intrados = Surface intérieure et concave d’une courbe