Cistude d’Europe

Emys orbicularis

La Cistude d’Europe (Emys orbicularis) est une tortue particulièrement inféodée aux milieux aquatiques (mares, étangs, anciennes gravières, cours d’eau…). Elle peut également être observée à terre lors de la recherche des sites de ponte, de la dispersion des mâles ou de l’assèchement de son milieu de vie. Attention, lors de ces déplacements il arrive régulièrement que des personnes, croyant bien faire, récupèrent une cistude traversant une route. Outre, la protection réglementaire de la cistude qui interdit toute manipulation, cette action est une menace pour l’individu récupéré ainsi que pour la population à laquelle il appartient. Si vous vous retrouvez dans ce cas, laissez la cistude continuer son chemin…

Nature Midi-Pyrénées coordonne une stratégie régionale pour préserver la cistude. Ce travail est réalisé avec les acteurs de la région et en étroit partenariat avec les animateurs du Plan National d’Actions Cistude d’Europe.

  • Nom commun : Cistude d’Europe
  • Nom latin : Emys orbicularis
  • Famille : Emydidae
  • Période d’activité / d’observation : mars à septembre
  • Statut réglementaire : protégée au niveau national

  1. Descriptif et particularités
  2. Habitat et écologie
  3. Comportement
  4. Alimentation
  5. Reproduction
  6. Répartition en Midi-Pyrénées
  7. Menaces
  8. Statut de l’espèce
  9. Galerie
  10. Cartographie
  11. Bibliographie


Descriptif et particularités

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Stade subadulte

Cette petite tortue d’une quinzaine de centimètres est reconnaissable à sa carapace sombre, lisse et peu bombée. Celle-ci est ponctuée de jaune tout comme le reste du corps (tête, pattes, queue). Les ponctuations sont plus ou moins visibles selon les individus. Les pattes sont palmées et possèdent de fortes griffes.

Attention à ne pas la confondre avec une autre tortue aquatique mais qui elle n’est pas originaire de France, la Tortue à tempes rouges (dite "de Floride"). Cette espèce, plus grosse à l’âge adulte, est reconnaissable par ses lignes jaunes sur un corps verdâtre. Elle possède aussi souvent des tâches rouges au niveau des tempes, plus ou moins marquées selon les individus. Mensurations moyennes : 13,5 cm - maximum 20 cm Poids moyen : 430 gr - maximum 1 kg Il existe un important dimorphisme sexuel (différences entre le mâle et la femelle) :

  • Adultes, les femelles sont plus grosses que les mâles.
  • Le plastron (partie inférieure de la carapace) est plat chez la femelle alors qu’il est concave chez le mâle.
  • Les yeux de la femelle sont jaunes tandis qu’ils sont rouges/orangés pour les mâles.
  • La queue de la femelle est plus longue et plus effilée avec le cloaque situé à l’aplomb de la dossière (partie supérieure de la carapace).
  • A l’inverse, le mâle à une queue plus courte, épaisse et le cloaque plus éloigné de la dossière.

Les cistudes peuvent faire d’importants déplacements à terre. S’il vous arrive d’en observer, ne les déplacez pas ! Cette espèce est protégée, il est donc interdit de la manipuler. De plus, soucieux de vouloir l’aider, si vous la déplacez vous risquez de la condamner !

Habitat et écologie

La Cistude d’Europe est une tortue de petite taille présente dans différents types de zones humides à eau stagnante ou à très faible courant : mares, anciennes gravières, étangs, marécages, ruisseaux… Elle est active dès les premières journées ensoleillées de mars jusqu’au mois de septembre où elle retourne dans ses quartiers d’hiver pour hiverner. Pendant sa période d’activité, elle prend de longs bains de soleil sur les berges et les troncs d’arbres.

Comportement

Au contraire de l’Homme, la température interne de la cistude n’est pas stable. Elle est régulée, comme tous les reptiles, par les conditions thermiques externes (ectothermie). Son rythme de vie est par conséquent étroitement lié au soleil. C’est pourquoi, le cycle annuel d’une cistude est marqué par l’alternance d’une période d’activité (mars à octobre) et d’une période d’hivernage (novembre à février). Diurne, la cistude est très discrète et farouche. Elle peut passer inaperçue aux yeux des promeneurs non avertis en plongeant au moindre dérangement. Il est toutefois possible de l’observer à distance et discrètement à l’aide de jumelles prenant des "bains de soleil" (basking) sur du bois mort ou des berges en pente douce.

Alimentation

Principalement carnivore, la cistude se nourrit dans l’eau de petits invertébrés, de vers, de mollusques ainsi que d’amphibiens et de leurs larves qu’elle trouve dans la végétation aquatique ou les roselières. Opportuniste, elle est occasionnellement charognarde et peut consommer occasionnellement des oisillons et de petits mammifères (mulots, campagnols…) qu’elle entraîne sous l’eau, noie et déchiquette avant de s’en nourrir.

Reproduction

La saison des amours à lieu en mars dès la sortie de l’hivernation. Les accouplements ont généralement lieu dans l’eau entre les mois d’avril et mai. Trois mois après, la femelle rejoint la terre ferme pour y creuser un nid dans lequel elle dépose 3 à 13 œufs, entre les mois de mai et de juillet. Les jeunes, appelés émergents, naîtront en septembre. Si la fin du développement des jeunes cistudes est trop tardive, il peut arriver qu’elles attendent le printemps de l’année suivante pour émerger. La température du nid influence le sexe des jeunes. Ainsi en dessous de 28°c naîtront des mâles, au-dessus de 29°c des femelles et si elle est de 28,5°c nous aurons 50% de mâles et 50% de femelles.

Répartition

La répartition des espèces animales et végétales est toujours à manier avec précaution. En effet, les secteurs où nous ne citons pas la présence de la cistude ne signifie pas qu’elle est absente mais que nous n’avons pas d’informations connues à ce jour. Inversement, les milieux de vie de cette espèce pouvant évoluer très rapidement, il est malheureusement probable que certaines populations connues disparaissent. L’aire de répartition mondiale de la cistude est assez vaste puisqu’elle s’étend du Maghreb à la Pologne et du Portugal à l’Asie Mineure. En Europe, elle a quasiment disparu de la Suisse, de la Belgique et des Pays-Bas. Quelques populations arrivent à subsister en Autriche, en Allemagne, en Pologne et en République Tchèque. En France, les populations sont très hétérogènes en fonction des régions. Les principales populations sont concentrées :
- Dans le sud-ouest : Charente-Maritime, Dordogne, Gers, Hautes-Pyrénées, Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques.
- Dans le sud-est : Isère, Bouches-du-Rhône et Var.
- Dans le centre : Indre.
- En Corse.

En Midi-Pyrénées, les premières mentions concernant la cistude remontent à Chalande (1888) qui, dans sa Faune des reptiles de la région sous-pyrénéenne, commente sous la dénomination Cistudolutaria le statut de la cistude : « Cette tortue est assez commune dans les marais de l’Aude et de l’Hérault, elle est rare dans les environs de Toulouse ; je citerai cependant une capture dans l’Ariège et plusieurs dans le Touch (Tournefeuille). » Angel cite en 1946 une localité gersoise assez précise « selon M. Rochon-Duvigneaud, elle existe dans le Gers (étang de Nogaro) ». Cette présence dans le Gers est confirmée par le chasseur de vipères André Dumont en 1972 qui décrit une pêche à la cistude où « on pouvait le rencontrer le long de la Gélisse, ruisseau paresseux qui traverse Dému, armé d’une épuisette essayant d’en coiffer de belles tortues qui lorsqu’on les manque se laissent tomber et se perdent dans l’eau comme des pierres ». Castenet et Guyétant, dans l’Atlas des reptiles et amphibiens de France mentionne en 1989 la cistude dans l’ouest du Gers et le nord des Hautes-Pyrénées. Après ces différentes études sur l’espèce, Parde fait remarquer qu’il y a encore de belles populations dans une bonne partie du Gers. Plus récemment, en 2008, dans l’Atlas de répartition des reptiles et amphibiens de Midi-Pyrénées, Gilles Pottier confirme largement sa présence dans le Gers et le nord des Hautes-Pyrénées et propose de nouvelles données dans le Tarn-et-Garonne.

Afin d’affiner la connaissance de cette espèce, Nature Midi-Pyrénées a lancé un appel à témoignages permettant à tout un chacun d’indiquer la présence de Cistudes d’Europe et / ou de Tortues de Floride.

Menaces

La cistude est une espèce vulnérable, aujourd’hui en forte régression sur toute son aire de répartition. Les causes de ce déclin sont nombreuses :

  • dégradation et destruction des zones humides et des sites de ponte par l’Homme,
  • prédation des œufs (Blaireau, sanglier…),
  • écrasement sur les routes,
  • blessures accidentelles dues aux hameçons,
  • prélèvement d’individus,
  • introduction d’espèces exotiques (Ecrevisse de Louisiane, Tortue à tempes rouges…)

Statut de l’espèce

Protégée au niveau national, la cistude est concernée par diverses directives européennes est aujourd’hui encore menacée sur l’ensemble de son aire de répartition. Les principales causes de ce déclin sont d’origines anthropiques. Elles concernent essentiellement la dégradation et la destruction de son habitat.

Inscrite sur la liste de l’UICN (Union mondiale pour la nature)

  • Cotation UICN monde : Quasi menacée
  • Cotation UICN France : Quasi menacée

Espèce d’intérêt communautaire

  • Inscrite en annexe 2, de la Directive Habitat, elle devrait bénéficier de mesures réglementaires visant à protéger les habitats et milieux de vie qui sont indispensables à sa survie.
  • Inscrite en annexe 4, de la Directive Habitat, elle doit bénéficier également d’une protection stricte (transport, détention…)
  • Inscrite en annexe 2 de la convention de Berne, les états se sont engagés à prendre des mesures visant à la conservation de la cistude

Espèce protégée en France

  • Protégée en France (arrêté du 19/11/07 )
  • Inscrite dans la liste des espèces prioritaires du « Plan d’Action pour les Reptiles et les Amphibiens » du MEDD (1996). Il s’agit des espèces définies comme les plus sensibles sur le territoire national nécessitant un plan d’actions de conservation et la mise en place d’actions d’information, de sensibilisation et de protection.
  • Espèce déterminante ZNIEFF en Midi-Pyrénées

Au regard de ces enjeux, la région Midi-Pyrénées a une responsabilité conservatoire vis-à-vis de cette espèce.

Bibliographie

Albinet S. et coll. 2004 – Atlas de répartition des amphibiens et reptiles de Midi-Pyrénées. Département du Tarn (81). Bulletin de liaison n°1 : état d’avancement de la cartographie au 1er septembre 2004. 18 p. Barthe L. et coll. 2004 – Inventaire des reptiles et des amphibiens du Gers. Cartes préliminaires au 25/09/2004. Association Gersoise d’Etude des Reptiles et des Amphibiens du Gers (AGERA), 35 p. Chalande J. 1888 – Faune des Reptiles de la région sous-pyrénéenne. Bull. Soc. Hist. Nat. Toulouse 22ème année : 69-78. Dessaivre M. 2004 - Inventaire et préservation du patrimoine des mares de l’Astarac. Nature Midi-Pyrénées, 113 p. Fretey J. 1987 – Guide des Reptiles de France. Hatier, Paris, 255p. Muller S. (coord.) 2004. – Plantes invasives en France. Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 168 p. (Patrimoines naturels, 62). Parde J. – Hustel S. et Lefèvre A.-C. 2000 - Etude éco-éthologique de la Cistude d’Europe Emys orbicularis dans le bas Armagnac (Gers, France) en vue de sa conservation. Proceeding of the 2nd european symposium on Emys orbicularis, june, 1999, chelonii (2) : 73-79. PRESTREAU J. 2008 - L’estivation, note technique interne. Les Amis des Tortues du Centre. Vacher J.-P Geniez M. (coods), 2010 – Les reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Biotope, Mèze (Collection Parthénope) ; Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 544 p. M.Eudes, L’état de conservation des populations de Cistude d’Europe (Emys orbicularis) en Midi-Pyrénées, Rapport de stage Master 2, 2014

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CMR Cistude Midi-Pyrénées - Rapport de stage
Fiche rédigée par Laurent Barthe