Du béton comme seul horizon ?

Décembre 2013

Serait-il impossible d’envisager le développement d’un territoire sans obligatoirement passer par la case béton ou la case bitume ?

C’est en tout cas difficile de penser autrement à la lumière de nos médias habituels et du discours de la plupart de nos élus, et acteurs économiques. Pas de développement sans désenclavement, pas de désenclavement sans autoroute (déviation de St Beat et d’Arlos, RN 88 Albi-Rodez, Autoroute Castres-Toulouse), pas de création d’emplois sans grand complexe touristique (Mijanès, Grand Tourmalet,…), commercial (Val Tolosa) ou industriel (gravières, carrières, gaz de schiste), pas de développement de l’agriculture sans nouveau barrage (Sivens sur le Tescou). Peut-être un développement à court terme certes mais plus loin ? Précisons au passage à nos décideurs que le terme "durable" ne signifie pas "à l’échelle d’un mandat électif", ni même à celui d’une vie humaine mais doit englober les générations qui nous succèderont, et qui ont aussi droit à bénéficier d’une planète vivable.

A-t-on vraiment mesuré l’impact de ces projets qui entraînent la diminution des terres agricoles, celle des espaces naturels et donc l’appauvrissement de la biodiversité, la dégradation de la ressource en eau et du cadre de vie ? N’est-il pas préférable de laisser à nos petits enfants des terres cultivables que des futures friches industrielles ou urbaines ?

Et pourtant, les territoires regorgent d’imagination lorsqu’il s’agit de mettre en place des projets à leur échelle, qui, mis bout à bout, sont capables de générer des emplois, une vie sociale et culturelle, avec un impact sur l’environnement limité.

Les milliards d’Euros de soutien à l’agriculture intensive ou aux grands projets industriels ne seraient-ils pas mieux valorisés, et de façon plus durable, dans le développement d’une économie adaptée au territoire, utilisant au mieux ses ressources (y compris humaines) en respectant leur renouvellement ?

Nature Midi-Pyrénées n’est peut-être pas compétente pour répondre à cette question, mais elle est légitime à demander de quel droit on se permet jour après jour de diminuer l’espace disponible pour toutes les autres espèces vivantes que la notre, et si on a vraiment l’intention que cela change un jour. Alors, ne vaudrait-il pas mieux que notre horizon rime avec imagination plutôt qu’avec béton ?

Jérôme Calas
Président de Nature Midi-Pyrénées
Décembre 2013