Lichen et pollution

Les lichens sont continuellement et toute l’année en contact avec l’atmosphère. Ils absorbent en même temps que les éléments qui leurs sont essentiels tous les polluants contenus dans l’air et dans la pluie

L’influence de la qualité de l’air sur la flore lichénique est un facteur écologique primordial sur leur développement, à la grande différence des plantes supérieures qui se nourrissent d’oligoéléments présents dans la terre, et s’y réfugient en hiver. Ainsi les lichens stockent toutes ces microparticules (plomb, fluor, métaux lourds, radioactivité…) et grâce à leur longévité remarquable, puisqu’ils peuvent être plus que centenaires, ils sont considérés comme d’excellents bioaccumulateurs. Ces particularités et surtout leurs sensibilités différentes suivant les espèces sont à l’origine de méthodes d’évaluation de la pollution. Deux de ces méthodes sont très utilisées. Celle élaborée en 1970 par HAWKSWORTH et ROSE, qui détermine, à partir de 80 lichens corticoles, 10 zones de qualité d’air. Et en 1986 VAN-HALUWYN et LEROND délimitent 7 zones de pollutions (de A à G) établies sur la reconnaissance d’une trentaine d’espèces de lichens. Ces techniques sont basées sur la pollution acide en dioxyde de soufre (SO2), provenant essentiellement de l’activité humaine. Les lichens pris en compte disparaissent à des taux plus ou moins importants de SO2. En fonction de leur présence ou absence, de leur croissance et de leur développement, de leur abondance en quantité et en espèces, ces bioindicateurs nous renseignent sur le degré de pollution des zones étudiées. Pour information, aucun lichen ne se développe quand la concentration en SO2 est supérieure à 150 µg/m3 d’air. On ne trouve plus alors que des algues comme Pleurococcus viridis et encore limitées à la base des troncs, et cette algue disparaît quand SO2 > 170 µg/m3.

Le Xanthoria parietina est un exemple de lichen nitrophile (NO2) et toxitolérant au soufre (SO2). Nitrophile qualifie une espèce qui préfère ou exige des teneurs en azote très importantes, nitrate généralement, dont l’origine est souvent humaine par le biais de l’agriculture (engrais), de l’urbanisation, de l’industrie, des combustions et du trafic automobile… Mais peut provenir aussi de déjections et cadavres d’animaux, de débris végétaux etc. Il ne disparaît qu’à une concentration importante de dioxyde de soufre soit SO2 ≥ 70 µm/m3. Très commun et facilement identifiable on le rencontre aux abords des villes et des prairies pâturées, principalement sur les troncs et branches de feuillus généralement en milieu ouvert et ensoleillé, plus rarement sur les conifères et autres substrats. Il est très utilisé en biosurveillance.

Quatre polluants font l’objet d’arrêtés préfectoraux, il s’agit, en plus du dioxyde de soufre SO2 et du dioxyde d’azote NO2, de l’ozone O3 et des particules PM10. Bien que ces 4 formes de pollution de l’air soient intrinsèquement liées, les lichens ne sont directement sensibles qu’aux deux premiers. Ils ne permettent donc de réaliser qu’une étude partielle de la pollution atmosphérique. Les retombées de dioxyde de soufre, gros polluant dans les années 1900 avec l’utilisation du charbon sont beaucoup moins importantes aujourd’hui (pot catalytique, filtration des rejets de fumée…). Par contre la pollution par le dioxyde d’azote en perpétuelle augmentation serait très intéressante à étudier à travers les lichens nitrophiles. Ils métabolisent les composés azotés pour se développer et proliférer, mais disparaissent quand la concentration est trop élevée. Une échelle de 1 à 9 a été éditée par V. Writh en 1991 pour mesurer le taux d’azote dans l’air « Indice de nitrophilie de Wirth ».