Magicienne dentelée

Saga pedo

  • Nom commun : Magicienne dentelée
  • Nom latin : Saga pedo
  • Famille : Tettigoniidae
  • Période d’activité / d’observation : juillet à septembre
  • Statut réglementaire : protégée au niveau national

  1. Descriptif et particularités
  2. Habitat et écologie
  3. Répartition en Midi-Pyrénées
  4. Menaces
  5. Galerie
  6. Cartographie


Descriptif et particularités

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Saga pedo
Individu juvénile

La magicienne dentelée Saga pedo est sans doute un des plus grands insectes de France (sinon le plus grand), avec une longueur complète du corps de 9 à 11 cm (l’oviscapte, c’est-à-dire l’organe permettant de pondre, fait à lui seul 4 cm). Cette sauterelle extraordinaire n’a pas d’ailes et, fait rarissime chez les orthoptères (et unique en France), les mâles de magicienne dentelée n’existent pas. Les femelles se reproduisent par parthénogénèse (reproduction asexuée). Les descendants de chaque femelle sont donc des clones.

La magicienne dentelée ressemble à une chimère entomologique, sorte d’insecte qui serait à mi-chemin entre un phasme et une mante religieuse. Du phasme, elle en a le comportement (caché sans bouger dans la végétation, mouvements lents et un peu saccadés), l’aspect (corps et pattes allongés donnant un aspect de brindille). De la mante religieuse elle en rappelle les pattes avant, qui sont utilisées en pattes prédatrices (armées de redoutables épines) lui permettant de capturer de grosses proies. La couleur de la magicienne est variable d’un individu à l’autre, généralement verte mais pouvant être brune ou grise.

Malgré sa taille, la magicienne dentelée est difficile à observer, à cause de ses comportements discrets. Sa découverte tient parfois plus du hasard que d’une recherche précise.

Habitat et écologie

La magicienne dentelée vit dans les habitats secs calcaires avec pelouses rases et dalles rocheuses, les garrigues… Il s’agit de paysages stables depuis sans doute des centaines d’années. Sa présence morcelée doit témoigner de périodes passées où les paysages et habitats étaient favorables de façon continue entre le domaine méditerranéen (où l’espèce est commune) et les localités actuelles.

Répartition en Midi-Pyrénées

Lorsque l’on regarde sa répartition en France, la magicienne dentelée est une espèce surtout méditerranéenne, fréquente dans les garrigues encore en bon état de conservation. Mais elle s’étend également vers le sud-ouest sous forme d’îlots plus ou moins éloignés les uns des autres. Ces îlots correspondent notamment aux causses et principaux pointements calcaires dans notre région.

La répartition de la magicienne reste très mal connue chez nous. En 1951, seules trois données de magicienne dentelée étaient signalées en Midi-Pyrénées [1]. Cinquante ans plus tard, l’atlas des orthoptères de France [2] publié en 2003 montrait une présence toujours très diffuse, sous forme d’une poignée de points sur les causses du Lot, et même pour toute la zone méditerranéenne un état des connaissances mauvais.

Ceci incita Nature Midi-Pyrénées à lancer un appel à témoignages afin d’affiner notre connaissance de la répartition de cette espèce. Nous transmettons par ailleurs toutes nos données à l’enquête nationale réalisée par l’Observatoire Naturaliste des Ecosystèmes Méditerranéens (ONEM), qui a rencontré un vif succès en région méditerranéenne où l’espèce est plus présente.

Menaces

Actuellement on ne sait rien de sa fréquence, des tendances démographiques et de répartition ou encore des types d’habitats précisément appréciés en Midi-Pyrénées. Le nombre de localités connues au total et confirmées depuis moins de dix ans est inférieur à une dizaine. On peut penser qu’elle est fragile et menacée au moins localement. Dans la liste rouge des orthoptères menacés de France [3], la magicienne dentelée a été rangée dans la catégorie des « espèces fortement menacées d’extinction » pour la région Midi-Pyrénées. Ce classement a depuis peu été modifié et actuellement elle est « rare et non menacée / en limite d’aire ». [4]

La magicienne dentelée est un des rares insectes de notre région à bénéficier d’une protection nationale [5]. Et surtout c’est le seul orthoptère de Midi-Pyrénées à bénéficier d’une protection, les autres insectes étant des odonates, des coléoptères ou des lépidoptères. De plus, c’est une espèce d’intérêt communautaire citée en annexe IV de la Directive européenne Habitats, et à ce titre le seul orthoptère français à être sur la liste des espèces de la Directive Habitats !

Fiche rédigée par Pierre-Olivier Cochard

[1] Chopard L., 1951. Orthoptéroïdes. Fédération Française des Sociétés de Sciences Naturelles, éditions Faune de France, n°56, 359 p.

[2] Voisin J-F., 2003. Atlas des orthoptères et des mantides de France. Muséum National d’Histoire Naturelle, collection Patrimoines naturels, volume 60, 104 p.

[3] Sardet E. et B. Defaut (coordinateurs), 2004. Les Orthoptères menacés en France. Liste rouge nationale et listes rouges par domaines biogéographiques. Matériaux Orthoptériques et Entomocénotiques, 9 : 125-137

[4] Jaulin S., Defaut B. et Puissant S., 2011. Proposition d’une méthodologie unifiée pour les listes d’espèces déterminantes d’Ensifères et de Caelifères. Application cartographique exhaustive aux régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon (France). Matériaux Orthoptériques et Entomocénotiques, 16 : 65-144

[5] Article 2 (protection stricte et protection des habitats) de l’Arrêté du 23 avril 2007 fixant les listes des insectes protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection