Requalification de l’A64 et biodiversité

Peut-on faire rimer autoroute et biodiversité ?

2010, c’est l’année de la biodiversité ! En effet, si l’existence du changement climatique aujourd’hui est une notion acquise, il n’en est pas tout à fait de même concernant l’érosion de la biodiversité !

Pourtant, le constat des scientifiques est sans appel, la diversité des milieux naturels et des espèces qui y vivent s’amenuise de manière inédite et inquiétante : le taux d’extinction des espèces se trouve entre 50 et 560 fois supérieur par rapport à celui attendu pour une biodiversité stable (Teyssèdre, 2004).

Les impacts négatifs des grandes infrastructures sur la biodiversité sont à ce jour bien identifiés. L’artificialisation des sols, l’augmentation du risque de pollutions diffuses ou ponctuelles, la fragmentation des réseaux d’espaces naturels, la mortalité sur les infrastructures linéaires (autoroutes, voies ferrées, canaux) constituent des menaces omniprésentes pour l’équilibre des milieux, bloquant la dynamique fluviale, altérant la nature ordinaire et la continuité des corridors écologiques régionaux. Constituer un réseau écologique fonctionnel consiste à rétablir des continuités, des flux ou des proximités qui permettent aux espèces de circuler et d’interagir au sein des trames vertes et bleues. Les autoroutes sont des obstacles bien connus et d’autant plus marqués sur les infrastructures anciennes qui souffrent de lacunes en matière d’insertion environnementale.

En quoi consiste ce programme ?

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Le plateau de Ger, traversé par l’A64

Bousculés par les réflexions engagées lors du Grenelle, de plus en plus conscient des impacts liés à leur activité, les grands aménageurs commencent à se saisir des questions d’environnement. Printemps 2009, ASF s’engage dans la mise en œuvre d’un programme de requalification environnementale sur cinq départements (Drôme, Gironde, Hérault, Hautes Pyrénées et Charente-Maritime). Ce programme, intégré au plan de relance gouvernemental, consiste à étudier le fonctionnement des territoires traversés (concernant les Hautes-Pyrénées, il s’agit de travailler sur linéaire total de 57,2 km) par les autoroutes pour apprécier les impacts, réaliser des travaux adéquats de requalification et suivre l’efficacité des mesures mises en œuvre.

Tout au long du tronçon A64 dans les Hautes-Pyrénées, le petit nombre de passages spécifiques à la faune, l’inadaptation des ouvrages hydrauliques aux capacités de franchissement des espèces, ou encore l’implantation de clôtures inadaptées sont autant d’inconvénients qui renforcent le pouvoir de fragmentation, augmentent le risque de mortalité pour les espèces animales ou réduisent le possible rôle des dépendances vertes comme corridors biologiques.

Dans chaque département un binôme, association naturaliste et bureau d’études, aux compétences et missions complémentaires travaille de concert pour aboutir à des propositions de gestion et/ou d’aménagement en faveur de la biodiversité. Les actions proposées doivent bien évidemment être acceptés par les acteurs du territoire et compatibles avec leurs différents projets. C’est donc avec le bureau d’études Ecotone que nous nous sommes engagés dans cette collaboration en août 2009 et cela jusqu’à fin 2011.

La mission de Nature Midi-Pyrénées

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Chevreuil devant un passage à faune sous l’A64
Cliché pris par un des "pièges photos" destinés au suivi des mammifères

Nature Midi-Pyrénées se charge de réaliser des diagnostics précis sur quelques dizaines de kilomètres de l’A64 répertoriés prioritaires (continuums écologiques prioritaires identifiés au départ du programme) et de proposer progressivement des mesures de requalification pertinentes. Pour garantir la bonne réalisation des travaux, notre mission comprend également le suivi des chantiers tout au long du programme jusqu’à fin 2011).

Ecotone de son côté est chargé de conduire des expertises complémentaires (relevés de collisions, expertise des clôtures…), de réaliser la concertation avec les acteurs des territoires (associations de pêche, fédérations de chasse, syndicats de rivières, collectivités territoriales) et les autres aménageurs (RFF, VNF, GRT), de formaliser techniquement les solutions proposées et de veiller à leur cohérence et à leur pérennité par l’étude des documents de planification du territoire.


Une forte implication bénévole

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Bénévoles assurant les suivis sur le terrain

L’association s’est équipée, début 2010, de pièges photographiques automatiques, pièges à poils et pièges à traces. Il s’agit d’outils utilisés pour apprécier la perméabilité (vis-à-vis de la faune) actuelle des passages hydrauliques avant la réalisation des aménagements préconisés, en fonction de la hauteur d’eau. Des « ouvrages échantillons » sont équipés pendant 6 semaines à chaque saison. La première campagne débute dès le 20 janvier 2010 et repose entièrement sur la bonne volonté des bénévoles du comité local des Hautes-Pyrénées.


Premiers résultats…

Dès l’automne 2009, il a été proposé à ASF, en partenariat avec Ecotone, 7 réaménagements d’ouvrages hydrauliques sur le tronçon A64, dont 4 comprenant 2 options de réaménagement. Il s’agit de travaux dont le but est d’améliorer la circulation de la faune de part et d’autres de l’infrastructure :

  • Création d’ouvrages de transparence meso et microfaune : fonçage de buse sèche
  • Aménagement des ouvrages existants : installation de banquettes et /ou étagères

En mars 2010, un programme d’optimisation des clôtures était soumis à ASF dans des secteurs présentant des intérêts écologiques : déplacement de clôtures au plus près des voies, mise en place clôtures à mailles progressive, renfort des clôtures par une clôture petite faune… Dès novembre 2010, de nouvelles propositions seront soumises à ASF pour lutter contre les effets lisières, renforcer la création d’ouvrages de transparence, restaurer et créer des milieux d’accueils.


Ce programme est financé par les Autoroutes du Sud de la France

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