SOS Serpents

Lancée en 2009, l’action « Il y a un serpent dans mon jardin » repose sur l’engagement des bénévoles du groupe herpétologique de Nature Midi-Pyrénées. C’est sur son modèle que s’est développé le pôle de médiation généraliste et, encore à ce jour, il s’agit de la principale activité de médiation de l’association.

Avant toute chose, sachez que tous les serpents de France métropolitaine sont protégés par la loi (Arrêté du 19 novembre 2007 fixant les listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection). De ce fait, leur destruction, mutilation, ou déplacement sont interdits. Vous risquez jusqu’à 150 000 € d’amende et deux ans d’emprisonnement (article L415-3 du Code de l’Environnement) !

Différencier vipères et couleuvres

En France métropolitaine, il n’existe que 3 critères fiables à 100 %, « facilement observables », pour les différencier :

Critères de reconnaissance
Couleuvre Vipère
Forme de la pupille Ronde Fendue verticalement
Ecailles sur le dessus de la tête Grandes écailles peu nombreuses Nombreuses petites écailles
Nombre d’écailles sous l’œil 1 seule rangée 2 à 3 rangées d’écailles

La taille est un critère qui peut marcher, si le serpent fait plus d’1 m ! Dans ce cas, il s’agira toujours d’une couleuvre. En-dessous de cette taille, il pourra s’agir aussi bien d’une vipère, que d’une couleuvre (jeune ou adulte, suivant les espèces).

Identifier l’espèce de serpent

Pour cela, vous pouvez consulter le site Serpents de France, qui vous donne le choix entre une identification par photo et une identification par texte (description morphologique).

Comment cohabiter, les préserver, voire favoriser leur présence ?

La rencontre avec un serpent dans son jardin est tout à fait normale, et n’est pas signe d’un milieu sale ou pauvre. Au contraire, ils sont indispensables au maintien de l’équilibre naturel. Leur présence permet de réguler les populations de rongeurs ou d’insectes (suivant les espèces). Ils sont eux-mêmes régulés par les rapaces et les mammifères carnivores.

Quelques idées d’aménagements favorables :

    • - murets de pierres sèches et tas de bois (comme site-refuge) ;
    • - tas de fumier (comme site de ponte) ;
    • - maintenir des zones sauvages : haies, herbes hautes, mares… ;
    • - utiliser des techniques alternatives à l’utilisation des pesticides ;
    • - sensibiliser votre entourage à ces animaux méconnus, et souvent craints.

La mise en place de ces aménagements peut aussi être favorable à d’autres espèces  : hérissons, écureuils, mésanges, moineaux, lézards, tritons, papillons, libellules… Si vous n’êtes pas très à l’aise à l’idée d’en retrouver chez vous, malgré le milieu très favorable tout autour de votre terrain, vous pouvez faire ces aménagements au fond de votre jardin, et garder le tour de la maison dégagé (herbe coupée…). Les serpents resteront à l’écart, ne voulant pas se mettre à découvert de leurs prédateurs en traversant la pelouse.

Que faire si vous vous retrouvez face à un serpent ?

Pour rappel, il n’est pas rare de rencontrer des serpents, au bord d’un chemin, à proximité d’un point d’eau, ou même dans votre jardin. Ils font partie intégrante de l’écosystème, au même titre qu’un hérisson ou qu’une mésange. La seule chose à faire est de rester calme (plus facile à dire qu’à faire !). Les serpents sont très méfiants vis-à-vis de l’Homme, et vont fuir à la moindre occasion. Ils sont sensibles aux vibrations du sol : si vous ne voulez pas être embêté, vous pouvez taper du pied pour faire fuir ceux qui pourraient potentiellement être autour de vous.

Que faire si le serpent rentre dans la maison ?

Par période de grosse chaleur, il peut arriver qu’un serpent s’aventure dans la maison (ou sur la terrasse, dans le garage ou la buanderie du sous-sol). Ne pouvant réguler eux-mêmes leur température corporelle, ils vont chercher la fraicheur, et quoi de mieux pour se rafraichir qu’un sol en carrelage à l’intérieur d’une maison ! Ces cas arrivent lorsque des personnes laissent malencontreusement une porte ouverte (ou une fenêtre au ras du sol donnant accès au sous-sol). Ici, la première chose à faire est de verrouiller l’accès aux autres pièces (simplement en fermant les portes, et en posant un linge sous la porte s’il y a un espace sous la porte pouvant laisser passer le serpent), pour le contenir et ne pas devoir lui courir après dans toute la maison. La seule porte à laisser ouverte est celle donnant vers l’extérieur. Si vous laissez faire le temps, il retrouvera la sortie par lui-même (la maison n’étant pas son milieu naturel ; il s’y est juste réfugié pour profiter de la fraicheur). Si vous tenez absolument à le faire sortir, vous pouvez le pousser calmement vers l’extérieur avec un balai ou un long bâton. N’essayez pas de l’attraper, à moins d’être sûr à 100 % que vous avez affaire à une couleuvre, et que vous savez la manipuler sans vous blesser, et sans la blesser ! Vous pouvez également nous contacter au 07 81 31 96 70, et nous pourrons voir si un bénévole est disponible pour intervenir sur place et vous aider à le sortir, ou vous guider pour le faire vous-même.

Que faire en cas de morsure ?

Théoriquement, tout serpent peut mordre, même si dans la pratique, certaines espèces ne le font jamais (elles ont d’autres systèmes de défense, comme la production d’un liquide nauséabond qui dissuade le prédateur). Pour rappel, seules les vipères sont potentiellement dangereuses pour l’Homme, car possédant un appareil à venin.

Quelques conseils pour limiter les risques de se faire mordre :

    • - en randonnée, toujours porter des chaussures fermées et un pantalon long
    • - en camping, vérifier où vous vous couchez, examiner votre duvet et vos vêtements et chaussures le matin
    • - frapper le sol ; les serpents sont sensibles aux vibrations, et s’enfuiront
    • - ne pas mettre les mains n’importe où sans protection : tas de feuille ou de bois, muret…
    • - et bien sûr en cas de rencontre, laisser l’animal tranquille, ne pas le provoquer ; il partira de lui-même

Les cas de décès par morsure de serpent sont extrêmement rares en France. Pour comparaison, vous avez environ 10 fois plus de (mal)chance de mourir électrocuté par la foudre que mordu par une vipère : 1 à 5 cas en moyenne par an pour une morsure de vipère, une vingtaine de cas pour une électrocution par la foudre. En cas de doute, consultez toujours un médecin !

Rappel des numéros d’urgences :

  • SAMU = 15
  • Numéro d’urgence européen = 112
  • Centre antipoison de Toulouse (régions Midi-Pyrénées et Limousin) = 05 61 77 74 47
  • Centre antipoison de Bordeaux (régions Aquitaine et Poitou-Charentes) = 05 56 96 40 80
  • Centre antipoison de Marseille (régions PACA, Languedoc-Roussillon et Corse + Réunion) = 04 91 75 25 25
  • Pour les autres centres antipoison, consultez http://www.centres-antipoison.net/)

Lien vers un site plus complet sur les morsures de serpent : http://batrachos.free.fr/morsures.htm

Quelques idées fausses et rumeurs

J’ai trouvé une vipère, elle avait un « zig-zag » sur le dos et la tête triangulaire !

Si on s’en réfère aux différences couleuvre-vipère citées plus haut, la forme de la tête et le motif dorsal n’apparaissent pas. Il se peut effectivement que vous ayez affaire à une vipère, mais dans la majorité des cas, il s’agit d’une inoffensive couleuvre vipérine. Elle porte ce nom car elle ressemble énormément à la vipère ! Elle s’apparente même plus à l’image que l’on se fait de la vipère, qu’une vraie vipère. La couleuvre à collier est une autre espèce (de couleuvre !) qui peut aussi présenter une tête triangulaire. Enfin, les coronelles (qui sont toujours des couleuvres !) peuvent présenter un motif dorsal en « zig-zag ».

J’ai une vipère qui nage dans ma piscine !

Les vipères ne sont pas de très grandes nageuses. Il peut arriver d’en voir dans l’eau, mais c’est seulement pour traverser des petits cours d’eau très peu profonds. Les couleuvres sont de bien meilleures nageuses, en particulier les « couleuvres d’eau », à savoir la couleuvre vipérine et la couleuvre à collier (toutes 2 qui peuvent ressembler aux vipères, cf. § précédent). Une autre espèce (toujours de couleuvre) peut se retrouver dans les piscines, du fait qu’elle vit à proximité directe de l’Homme, il s’agit de la couleuvre verte et jaune. Dans tous les cas, elles sont tombées là par accident, et sont coincées car n’ont pas de prises pour remonter. Pour les faire sortir, vous pouvez vous aider d’une épuisette, ou disposer sur le bord une planche de bois ou tout autre support lui permettant de s’accrocher et de sortir d’elle-même.

Les serpents sont froids et visqueux

On apprend effectivement à l’école que « les serpents ont le sang froid ». Ceci n’est pas toujours vrai. A la différence des mammifères comme nous, les serpents (et les reptiles en général) n’ont pas une température corporelle fixe, ils la régulent en fonction de celle de l’environnement (on dit qu’ils sont ectothermes). Lorsqu’il fait frais, les serpents ont effectivement le sang froid, mais quand la température de l’air augmente, la leur augmente également. Si les amphibiens (grenouilles, crapauds et autres salamandres) peuvent parfois être visqueux, du fait de la production d’un mucus protégeant leur peau nu, les reptiles (serpents et lézards) ne le sont en aucun cas, possédant pour leur part des écailles sèches dépourvues de glandes cutanées. Cette idée reçue peut venir du fait que certains serpents (comme la couleuvre d’Esculape) peuvent présenter un aspect luisant.

Plus il fait chaud, plus il y a de serpents

Encore une idée reçue due à leur mode de régulation de la température corporelle. Pour éviter la surchauffe pendant les périodes de grosses chaleurs (ils ont comme nous une limite de température au-delà de laquelle ils meurent), ils cherchent à tout prix la fraicheur, d’où le fait qu’on peut les rencontrer plus facilement à proximité des habitations, et l’impression que vous en voyez plus que d’habitude. Dans la nature, c’est l’inverse : quand le temps est plus « frais », ils seront plus visibles, cherchant la chaleur du soleil au sommet d’un muret ou d’un tas de bois, ou au milieu de la route. Par temps chaud, ils restent bien cachés à l’ombre des buissons.

Tous les serpents sont dangereux

Seules les vipères (2 espèces en Midi-Pyrénées) sont potentiellement dangereuses pour l’Homme, ces dernières possédant des crochets et du venin. On les retrouve généralement dans des milieux naturels préservés des activités humaines : sur le plateau de l’Aubrac à l’est de l’Aveyron pour la vipère péliade, en forêt ou dans les Pyrénées et le piémont pour la vipère aspic (totalement absente des zones urbaines, et quasiment absente des zones d’agriculture intensive). Les vipères sont d’ailleurs rarement à l’origine des appels pour le « SOS Serpents » : moins de 5 %, contre près de 65 % pour la seule couleuvre verte et jaune, l’espèce la plus courante, qui n’hésite pas à s’approcher des habitations. Cette couleuvre est simplement impressionnante par sa taille (qui avoisine les 1 m 50 pour les adultes), et son comportement où elle peut siffler et tenter de mordre pour impressionner son « agresseur ».

Des nœuds de serpents !

Les serpents sont des animaux solitaires. Il peut néanmoins arriver d’en observer en petit groupe, dans des conditions particulières. C’est le cas, par exemple, lors de la période de reproduction (du milieu du printemps jusqu’au début de l’été), lorsque deux mâles se battent entre eux, ou lorsque mâle et femelle s’accouplent. La naissance des jeunes (fin été – début automne) est également un moment durant lequel de nombreux serpents peuvent être observé ensemble, les œufs éclosant quasiment en même temps, et plusieurs femelles pouvant pondre au même endroit, si le milieu est très favorable. Un dernier cas, très anecdotique, pendant la période d’hibernation (d’octobre/novembre à février/mars) : il peut arriver que les serpents se regroupent dans une cavité commune pour passer l’hiver, et peuvent être dérangés, voire déterrer, par des travaux à la surface.

Des lâchers de vipères par hélicoptère !

Apparue dans les années 1970, cette rumeur persiste d’année en année, malgré l’absurdité de la chose. Pourquoi utiliser des moyens aussi compliqués, aussi peu discrets et aussi coûteux ? Comment des animaux pourraient survivre à une telle chute, qui plus est enfermés dans une boîte ? La rumeur pourrait provenir d’hélicoptères, observés en montagne, et transportant des caisses utilisés pour apporter des vivres dans des endroits reculés. Si des serpents sont souvent observés à proximité de caisses en bois, c’est que ces animaux affectionnent ces refuges artificiels, qui leur procure à la fois des zones d’insolation, et des zones de cachette.

Les serpents tètent les vaches / Les serpents sont attirés par le lait

Les serpents sont tous carnivores, et le lait ne fait pas parti de leur régime alimentaire. Supposons que c’est le cas, et qu’ils vont le chercher directement à la source. Les serpents ne possèdent pas de lèvres, tout acte de succion leur est donc impossible. De plus, ils possèdent des dents pointues, mais surtout inclinées vers l’arrière (qui leur permet d’engloutir plus facilement leurs proies). Quand bien même il aurait réussi à s’accrocher au pis de la vache (vache qui aurait mal sur cette zone sensible), cette configuration particulière de la mâchoire lui donnerait des difficultés pour le relâcher. Des serpents peuvent s’observer à proximité des étables, de par la présence de proies (rongeurs) et de site de ponte (fumier), ce qui pourrait expliquer cette rumeur. De plus, lorsque des serpents sont retrouvés écrasés, ils peuvent régurgiter un liquide blanchâtre : il ne s’agit pas de lait, mais de salive, d’urine ou d’œufs écrasés.

Les serpents se mordent la queue pour dévaler les pentes comme des cerceaux

Les serpents sont des vertébrés comme nous, ils possèdent une colonne vertébrale. Même s’ils sont agiles et que leurs vertèbres sont mobiles, leur permettant de ramper au sol, voire de grimper au arbre, il leur est impossible de se redresser à la verticale pour « s’élancer ».