Chat forestier

Felis silvestris silvestris

Depuis juillet 2020, l’association Nature En Occitanie, dont le siège est à Toulouse coordonne depuis son antenne à Labruguière (81), un programme d’étude piloté par Maxime Belaud, chargé d’étude Mammifères, sur le massif de la Montagne Noire à la recherche d’un petit félin discret et méconnu : le Chat forestier (Felis silvestris silvestris).

Pour ce travail, un comité de naturalistes et de scientifiques régionaux compétents sur l’espèce épaule l’association régionale de protection de la nature. L’ensemble de ces travaux est soutenu financièrement par la DREAL Occitanie, la Région Occitanie et le Conseil départemental de l’Aude.

Le Chat forestier découvert dans le Tarn, une population en danger !

Un félin peu connu et protégé…

Le Chat forestier a longtemps été chassé et piégé pour sa fourrure. Sa discrétion et ses mœurs furtives façonnaient l’imaginaire collectif et donnaient à ce félin une image injuste de bête féroce et nuisible. Au début des années 1900, l’animal couvrait la majeure partie du territoire français. Depuis, son aire de répartition s’est réduite, en raison de nombreuses menaces, comme la modification du paysage (intensification de l’agriculture et urbanisation croissante) et le piégeage, avant d’à nouveau progresser ces deux dernières décennies. Les principales populations de France se trouvent désormais dans le quart Nord-Est de la France et dans les Pyrénées.

Ce petit félin autochtone français est protégé depuis la fin du XX ème siècle. Il peut facilement se confondre avec le chat domestique. Un regard attentif et expérimenté sur certains critères permet tout de même d’identifier l’espèce : « Ligne dorsale noire s’arrêtant avant la queue, queue épaisse composée d’un manchon noir à son extrémité et d’un à trois anneaux noirs complets, pelage fauve uniforme, quatre traits noirs sur la nuque, deux traits noirs de part et d’autre des yeux, l’arrière des pattes noir, les pupilles vertes, la truffe rose et les moustaches épaisses et retroussées vers le bas ».

Malgré cette multitude de critères phénotypiques permettant de dissocier les deux animaux, dans certains cas, des chats hybrides provenant d’un croisement entre le Chat forestier et le Chat domestique peuvent induire l’observateur en erreur. C’est pour cette raison qu’une analyse génétique permet de valider avec certitude la présence d’un Chat forestier.

Figure 1 : Chat forestier dans le Tarn - ©Maxime BELAUD – Non libre de droit. Figure 2 : Face de Chat forestier - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit
Figure 1 : Chat forestier dans le Tarn - ©Maxime BELAUD – Non libre de droit. Figure 2 : Face de Chat forestier - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit

Il y a quelques années, l’Office Français de la Biodiversité (anciennement Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) avait réalisé une étude mettant en évidence deux noyaux de population en France :

  • Le noyau du quart nord-est, rattaché aux populations allemandes, luxembourgeoises et belges s’étend jusqu’au nord du Massif-Central et atteint les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Corrèze.
  • Le noyau pyrénéen quant à lui est cantonné sur la chaîne de montagne et couvre donc les zones de montagne des six départements des Pyrénées françaises ainsi que l’Andorre et une partie de l’Espagne.

Dans de précédents écrits, il était également mentionné que ces deux noyaux de population étaient séparés d’une distance de 300 km et que la Montagne Noire n’abritait pas à ce jour de populations.

Jusqu’à cette étude, il n’y avait aucune donnée prouvant la présence de l’espèce à l’échelle du département du Tarn et du massif de la Montagne Noire, seuls quelques témoignages divers et non documentés étaient recensés depuis les années 1990-2000.

Le Tarn et la Montagne Noire, un contexte particulier

À la suite d’une photographie d’un individu de Chat forestier prise dans la forêt départementale des Martys (Aude) en 2016 (cf. Bruno Le Roux), un groupe de passionnés a voulu vérifier si l’espèce était bien présente et s’il y avait effectivement une population installée.

La dynamique créée par cette initiative s’est concrétisée par un programme d’étude coordonné par Nature En Occitanie et pilotée par Maxime Belaud, chargé d’étude Mammifère. Plusieurs problématiques concernant la présence de cette espèce au sein de l’extrême sud du Massif-Central ont été étudiées : « Quelle est l’origine de cette population ? Est-elle en connexion avec la population relictuelle pyrénéenne ou avec la population relictuelle lorraine ? Sa conservation est-elle en danger en raison de l’hybridation avec le Chat domestique ? A-t-on une population de purs Chats forestier sur la Montagne Noire ? »

Afin d’apporter des réponses à ces problématiques, un protocole a été établi sur l’ensemble du massif forestier.

Une étude scientifique pour apporter des réponses…

Deux zones d’étude principales ont été sélectionnées avec l’aide de nos partenaires techniques locaux, l’Office National des Forêts et le Conseil départemental de l’Aude.

Ce sont 25 pièges photographiques qui ont été disposés dans les deux zones d’étude principales, dans la Forêt domaniale de Ramondens sur la commune d’Arfons, dans le département du Tarn et dans la forêt départementale des Martys dans le département de l’Aude. Joins à ces deux zones d’études, d’autres secteurs comme les communes de Labruguière (81), Escoussens (81) ou encore Massaguel (81) ont également été équipés d’appareils automatiques.

Figure 3 : Piège photo ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit. Figure 4 : Piège photographique couplé au piège à poils - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit.

Afin de respecter le protocole utilisé ailleurs en Europe pour détecter cette espèce, des pièges à poils ont été couplés aux différents appareils photographiques et deux mailles de 10km² ont été suivies. L’objectif a été d’attirer les Chats forestiers grâce à de la racine de Valériane officinale (Valeriana officinalis) pour les faire se frotter sur les pièges à poils afin de récupérer du matériel génétique et d’effectuer des analyses.

Figure 5 : Nouveau piège à poils mis au point pour cette étude - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit. Figure 6 : Récolte de poils durant l’étude - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit.

Un relevé des dispositifs était effectué tous les 15 jours. Les images étaient extraites et étudiées, les poils étaient collectés et placés dans des tubes d’alcool pur. Enfin, le support était stérilisé pour ne pas mélanger l’ADN de plusieurs individus.

Ce sont environ 70 échantillons de poils qui ont été collectés au cours des 6 mois d’étude et pas moins de 400 clichés qui ont été réalisés grâce aux appareils automatiques.

Les résultats de cette importante découverte…

À ce jour, les premiers résultats des analyses effectuées par le laboratoire de génétique de la conservation de l’université de Liège (GeCoLab) piloté par Johan Michaux viennent enfin d’être dévoilés !

Une population de Chats forestiers de souche pure vient d’être découverte dans le département du Tarn et plus généralement sur le massif de la Montagne Noire. L’autre information révélée par ces résultats est moins réjouissante pour la conservation de cette population qui s’avère menacée. En effet, seulement 30 % sont ressortis forestiers purs contre 70% qui sont ressortis hybrides de 1ère ou 2ème génération avec le Chat domestique.

Figure 7 : Chat forestier femelle (TARN) - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit Figure 8 : Chat forestier mâle (TARN) - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit

« Vous l’avez compris, une population découverte mais peut-être déjà vouée à disparaître… »

Le Chat forestier et le Chat domestique (Felis silvestris catus) partagent le même ancêtre commun et se seraient séparés il y a 200 000 ans. Le Chat domestique aurait été domestiqué en Egypte et introduit en France durant l’âge de fer (1200 av. J.C). Ce dernier, de par sa prolifération non contrôlée a commencé à fréquenter les mêmes habitats et à s’hybrider avec le Chat forestier, espèce autochtone et sauvage européenne. Il arrive que ces deux espèces s’hybrident entre elles et offrent une descendance fertile. Avec la croissance de cette population d’hybrides, se multipliant à leur tour avec les Chats forestiers, la population de « purs » Felis silvestris silvestris s’estompe et diminue, ce qui remet en cause la conservation de certaines populations de Chat forestier européen.

À la suite des analyses réalisées par le laboratoire de génétique de la conservation de l’Université de Liège, nous avons mis en avant une nouvelle population de Chat forestier pour la France mais également une population comportant un très grand nombre d’hybrides de Chats forestiers et Chats domestiques.

Pour préserver cette population de Chat forestier, il est aujourd’hui très important de limiter la divagation du Chat domestique afin d’éviter l’hybridation des deux espèces. En s’appuyant sur la stérilisation, nous pouvons aujourd’hui contrôler la population du Chat domestique et donc réduire l’impact sur la biodiversité. En effet, le Chat domestique prédate chaque année de nombreuses espèces sauvages et vient nuire à la conservation du Chat forestier en s’hybridant avec ce dernier. La surpopulation de Chat domestique impacte également le bien-être de nombreux d’entre eux, qui livrés à eux-mêmes, souffrent de malnutrition et de maladies.

Il est vrai que la stérilisation représente un coût financier. Néanmoins, aujourd’hui de nombreuses associations militent pour le bien-être des Chats domestiques et proposent des campagnes de stérilisation à bas prix.

Aujourd’hui, sans actions de notre part, la population de Chat forestier présente en Montagne Noire – à peine découverte- est potentiellement vouée à disparaître.

Actuellement, le but est de trouver une harmonie entre les deux espèces. Le Chat domestique qui voit sa population augmenter chaque année, est aujourd’hui un animal de compagnie très prisé des Français (Entre 2008 et 2020 la population de Chat domestique en France a augmenté de 41% © FACCO). Sa présence dans les milieux naturels et sa prolifération incontrôlée sont à éviter. Il est très important que les habitants du sud du Tarn et du nord de l’Aude prennent conscience qu’ils ont entre les mains la survie de la population locale de Chats forestiers. Cette souche de chat est en effet unique, elle n’a jamais pu être domestiquée et elle constitue un patrimoine naturel que nous pouvons tous encore sauver.

Figure 9 : Chat hybride, pelage très marbré (TARN) – ©Maxime BELAUD/NEO– Non libre de droit.

Une lignée pyrénéenne qui gagne du terrain…

En plus d’avoir mis en évidence cette nouvelle population de Chats forestiers, le laboratoire « GeCoLab » a cherché à mettre en évidence la lignée d’appartenance de cette population. Les Chats forestiers présents en Montagne Noire sont-ils issus du noyau pyrénéen ou du noyau lorrain ?

Pour cela, différents membres du comité d’experts ont récupéré multiples échantillons de poils du noyau pyrénéen. Frédéric Salgues & Jean-Pierre Pompidor de l’association Charles Flahault nous ont transmis des échantillons des Pyrénées-Orientales (secteur Caudiès-de-Fenouillèdes), Bruno Le Roux de la Fédération Aude Claire nous a transmis des échantillons des Pyrénées Audoises (secteur Escouloubre), enfin un échantillon ariégeois (secteur Saint-Martin-de-Caralp) nous a également été transmis.

Grâce à ces échantillons pyrénéens et au stock d’échantillons lorrains dont disposait le laboratoire, des comparaisons entre les « trois » noyaux de populations ont pu être effectuées.

Les Chats forestiers présents dans le département du Tarn et au sein de la Montagne Noire sont ressortis comme appartenant très majoritairement à la population pyrénéenne.

Ces résultats dévoilés, nous permettent d’affirmer qu’il existe bel et bien des corridors écologiques fonctionnels entre la Montagne Noire et le massif pyrénéen. Ces derniers font actuellement l’objet d’une étude spécifique.

À la suite de ces analyses, nous pouvons avancer que la séparation entre le noyau lorrain et pyrénéen est aujourd’hui moins importante qu’auparavant et par la même occasion, nous pouvons supposer qu’une connexion est déjà établie entre ces derniers.

Figure 10 : Chat forestier femelle (Tarn) - ©Laurent GAYRAL – Non libre de droit.

La suite de l’étude nous dévoilera probablement de plus amples résultats !

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